Attendre… une mutation silencieuse !

En ces temps, il nous est donné d’apprendre à attendre comme on apprend à créer. Il nous faut semer patiemment les graines, arroser avec assiduité la terre où elles sont semées et accorder aux plantes le temps qui leur est propre.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’expliquer le monde, mais aussi le comprendre. Il ne suffit pas de lui imposer nos propres paroles, mais de rendre l’oreille et être à l’écoute de la « polyphonie » de ses messages souvent contradictoires. Il ne suffit pas de décrire en termes scientifiques le mécanisme des choses et des phénomènes, mais il faut les sentir et les éprouver dans notre âme…

Une société trouve toujours sa cohérence autour de la gestion du temps. Dans nos sociétés occidentales, les choses sont relativement simples : time is money! Le temps a perdu toute épaisseur pour une signification marchande ! Au plan des individus, le contrat de travail régule la « liturgie » d’une vie : la semaine de travail et le week-end, l’année et les vacances, la carrière et la retraite.
L’heure de travail ne signifie plus la création d’une œuvre, mais du pouvoir d’achat. La violence du chômage transforme le temps en quelque chose de vide, d’indéterminé, d’asocial.

L’angoisse du temps vide génère la violence…

Nous sommes nombreux en ce moment à vouloir « changer »la vie, ou de vie…
Peut-être pourrions-nous déjà commencer par modifier notre façon d’habiter le temps. Pour celui qui ne s’épuise pas dans le travail monétisé et la consommation des marchandises, du temps est libéré pour la gratuité, l’échange, le rapport au corps, la convivialité, la création, la quête spirituelle.

Nous avons à vivre à la fois le temps de la rupture et celui de la naissance. C’est là le sens profond du « temps libéré »… Le temps libéré n’est pas celui de consommateurs croyant acheter du « bon »temps par de l’argent, mais celui des risques de l’invention et du partage. Il n’est pas le temps vide d’individus zappant devant du néant télévisé, mais celui de l’écoute et de l’attente.

Il est de moins en moins le temps de la transformation des choses dont l’homme se libère par la machine, que celui de la transformation de soi.

Une nouvelle frontière se profile !